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L’hydrogène, une fausse bonne idée.

Retrouvez ci-dessous le texte de mon intervention concernant le postulat 2021.11.410, « Stratégie en matière d’hydrogène pour le canton du Valais! ».


En tant qu’ingénieur, je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils quand j’entends parler de l’hydrogène comme solution à la décarbonisation.

L’hydrogène n’existe pas dans la nature sous forme de ressource exploitable. Chaque m3 d’hydrogène que nous utilisons doit être produit de manière industrielle.

Aujourd’hui, 99% de l’hydrogène produit l’est à partir de ressources fossiles comme le gaz naturel ou le charbon. C’est un procédé gourmand en énergie et qui engendre d’importants rejets de CO2 dans l’atmosphère.

L’électrolyse permet effectivement de créer de l’hydrogène à partir de l’eau mais la quantité d’électricité nécessaire est importante et les rendements sont faibles. Si l’on voulait remplacer la production actuelle d’hydrogène, la totalité de la production électrique européenne ne suffirait pas.

Plus grave encore, si l’on tient compte de la composition du mix énergétique actuellement disponible sur le réseau électrique européen, qui contient en moyenne 70% d’électricité issue de ressources fossiles, on rejetterait indirectement, au final, davantage de CO2 qu’avec les procédés actuels.

On peut effectivement se dire, comme le font les postulants, que coupler la production d’hydrogène à des sources d’énergie renouvelables pourrait être une solution. Mais il y a là un point fondamental sur lequel il vaut la peine de s’arrêter et de réfléchir.

Si, par chance, nous parvenions réellement à créer un telle quantité d’énergie, quel serait son meilleur usage pour réduire nos émissions de CO2? La production d’hydrogène est-elle réellement la priorité? Ne vaudrait-il pas mieux utiliser cette énergie pour améliorer le mix énergétique et remplacer des centrales à charbon ou d’autres sources d’énergies polluantes?

Et si, vraiment, nous nous trouvions dans la situation de disposer d’une quantité d’énergie telle  que la production d’hydrogène à partir d’électricité puisse être envisagée, la priorité ne devrait-elle pas être donnée aux usages industriels afin de réduire notre utilisation de ressources fossiles dans ce domaine?

Quant à la possibilité d’utiliser la production d’hydrogène comme moyen de régulation du réseau électrique, nous disposons déjà de capacités de pompage-turbinage qui offrent un rendement deux à trois fois supérieur. Et ces capacités peuvent être augmentées sans impact visuel massif sur notre environnement comme le démontre le projet Nant-de-Drance.

En se basant sur une analyse pragmatique, on ne peut que constater que promouvoir aujourd’hui l’utilisation de l’hydrogène dans de nouveaux domaines, c’est indirectement promouvoir l’utilisation d’énergies fossiles et de procédés industriels fortement émetteurs de CO2, sans réel avantage par rapport aux solutions actuellement disponibles.

L’hydrogène sera, peut-être, une solution à l’avenir et nous devons poursuivre et encourager les recherches dans ce domaine. Mais il nous apparaît aujourd’hui prématuré de demander au Conseil d’État de se positionner sur la question et la majorité du groupe PLR/FDP rejettera ce postulat.

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